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L’intégration des ressources numériques dans la politique documentaire, un chemin pavé de questions

Exemple du Campus des Sciences et Techniques d’Avignon

Le Campus des Sciences et Techniques d’Avignon regroupe le lycée professionnel Robert Schuman, le Centre de Formation des Apprentis Robert Schumann, le lycée général et technologique Philippe de Girard et le Greta d’Avignon, soit environ 2000 élèves aux profils très variés (du CAP nouvelle chance aux classes préparatoires, BTS et licence professionnelle).

[(Visiter le campus des Sciences et techniques)]

Deux enseignantes documentalistes partagent un CDI commun, Madame Claire Loche en poste au LGT depuis trois ans et Madame Aurélia Gandi en poste au LP depuis deux ans.

Après deux années de travail main dans la main, elles font le point sur l’intégration des ressources numériques dans la politique documentaire du campus, sur le chemin parcouru, les obstacles levés et les objectifs encore à atteindre.

Delphine Marchand, chargée de l’Ingénierie documentaire pour le CDDP du Vaucluse, les a interviewées.

- Delphine Marchand : Que diriez-vous de l’intégration des ressources numériques dans votre politique documentaire à ce jour ? L’objectif vous semble t-il atteint ?

Aurélia Gandi : Nous pouvons dire que nous nous rapprochons de notre objectif mais qu’il n’est pas encore atteint dans le sens où tous les aspects de l’intégration des ressources numériques ne sont pas encore mis à plat et articulés. En effet, intégrer ces ressources, c’est se poser les questions de leur sélection, acquisition, accès, mise à disposition, accompagnement des usages et évaluation de ceux-ci. Et aucune de ces questions n’est simple.

Claire Loche : Je dirai qu’à ce jour nous sommes enfin au clair c’est-à-dire capables de mettre à plat les outils, les dispositifs et les ressources dont nous disposons pour promouvoir l’usage des ressources numériques dans et hors du campus, par les élèves et par les enseignants. Et évidemment cela sous-entend que nous savons également ce qu’il nous reste à construire.

- Delphine Marchand : Et que vous reste-il donc à construire ?

Aurélia Gandi : Et bien si l’objectif est l’usage parfaitement intégré des ressources numériques dans les pratiques quotidiennes des élèves et de leurs enseignants, il va nous falloir nous poser et poser à l’établissement rapidement la question d’un outil qui structure notre offre et la rende visible et identifiable de tous. Un outil d’entrée dans les ressources et de communication en quelque sorte.

Claire Loche : Nous pensons à un portail documentaire. Mais les questions s’enchainant, se pose aussitôt celle de la place de ce portail au sein de l’ensemble des outils et dispositifs dont dispose le campus. Nous avons très clairement le sentiment d’avoir une réelle offre à faire connaitre et pas encore les moyens d’une communication et d’une valorisation de cette offre.

- Delphine Marchand : quels sont donc les outils et dispositifs dont vous bénéficiez et ceux qui vous manqueraient ?

Aurélia Gandi  : Nous travaillons avec le logiciel documentaire PMB et nous avons à notre disposition, comme tous les lycées de la région PACA, Correlyce. Un portail documentaire, outil de communication et un ENT, outil de structuration des services de l’établissement sont des pièces essentielles à venir.

- Delphine Marchand : Que pouvez-vous dire de Correlyce, catalogue ouvert de ressources éditoriales en ligne, porté par la Région et accompagné par le CRDP d’Aix Marseille ? Est-ce un dispositif qui facilite les usages des ressources numériques et qui facilite votre travail de documentaliste ?

Claire Loche : Assurément, Correlyce est facilitateur d’usages dans la mesure où pour nous, enseignants documentalistes, il offre un cadre de ressources sélectionnées dans lequel nous pouvons inscrire notre politique d’acquisition, en concertation avec les enseignants bien sûr. C’est très rassurant d’avoir ainsi une sélection déjà faite et évolutive de ressources numériques.

Aurélia Gandi : oui mais si articuler les outils et dispositifs est indispensable, cela ne doit pas occulter une question fondamentale : Tout cela pour qui, pour quoi ? Je m’explique : quelle est réellement notre plus-value documentaire ? Qu’est-ce qu’un enseignant documentaliste, au-delà d’une sélection et mise à disposition, apporte aux élèves ?

- Delphine Marchand  : Vous voulez dire que les ressources numériques et toutes les thématiques qu’elles impliquent interrogent le métier de professeur documentaliste ?

Aurélia Gandi  : Certains enseignants documentalistes peuvent craindre de perdre leur mission pédagogique pour ne devenir que des gestionnaires de centre de ressources. Je pense au contraire que le pédagogique est partout dans un CDI et qu’au même titre qu’un aménagement de l’espace est un acte pédagogique, sélectionner telle ou telle ressource, la mettre à disposition pour tel ou tel usage sont aussi des actes pédagogiques. Et peu importe finalement que la ressource soit numérique ou papier.

Claire Loche  : Je dirai également que le fait que nous nous soyons emparées de la question des ressources numériques a modifié le regard des autres à notre égard.

- Delphine Marchand : C’est-à-dire ? Voulez-vous dire que les représentations sur votre rôle et vos missions ont évolué ?

Claire Loche  : Tout à fait. Ainsi, le fait d’être devenues les personnes ressources pour Correlyce et référente numérique pour ma part dans le LGT, nous permettent d’être intégrées dsns le comité Tice. C’est essentiel d’être présentes dans ce comité, aux côtés des Cotices, et d’y apporter nos interrogations, nos éléments de réponses et nos pistes de travail proprement documentaires. Si l’équipe de direction nous identifie de plus en plus comme personnes ressources sur les ressources numériques, c’est aussi le cas des enseignants. Avec une nuance quand même : les représentations et pratiques évoluent plus vite en lycée professionnel qu’en lycée général et technologique, certainement parce que les enseignants du LP ont dû intégrer plus tôt, plus vite, les outils et ressources numériques afin de pratiquer une pédagogie différenciée.

- Delphine Marchand : Si vous deviez résumer par étapes le chemin parcouru de ces deux dernières années ?

Claire Loche  : Arrivée il y trois ans, j’ai, la première année, identifié les personnes ressources de mon établissement, pris en main Correlyce, analysé les besoins et usages potentiels en m’appuyant sur les enseignants les plus aisés en matière d’usages des ressources numériques. Et enfin, et ce ne fut pas une mince affaire, j’ai entamé la mise au clair du logiciel documentaire, un nettoyage en quelque sorte, associé à un désherbage. J’estime à ce propos qu’il nous faudra encore deux années de travail.

Aurélia Gandi : Nous avons surtout la chance d’être deux dans ce CDI, d’être deux à définir la politique documentaire du campus. Cela amène beaucoup de dynamisme et de cohérence. Nous nous complétons beaucoup dans la réflexion et la mise en œuvre de notre politique documentaire. Mais d’autres facteurs renforcent notre action en matière d’intégration des ressources numériques dans les pratiques des élèves et des enseignants : le soutien de l’équipe de direction à nos actions ; les collaborations et concertations de plus en plus étroites avec les enseignants ; l’évolution et la complémentarité des outils et dispositifs comme cela a déjà été dit. Parfois pourtant je me dis que tout cela ne va pas assez vite !

- Delphine Marchand  : oui, le facteur temps est essentiel au regard de votre témoignage. Car c’est bien de changements de pratiques qu’il s’agit, les vôtres, celles des enseignants. Et aussi comme vous l’avez souligné, de l’évolution des représentations. Je vous remercie pour cet échange.

[(Contacts :
- Delphine Marchand, ingénierie documentaire, CDDP du Vaucluse, 0624102736
- Aurélia Gandi, professeur documentaliste.
- Claire Loche, professeur documentaliste.)]