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Société numérique et enjeux de l’éducation

16ème Mardi de l’Orme, mardi 14 octobre 2014

 Les Mardis de l’Orme

- Les mardis de l’Orme sont des rencontres trimestrielles organisées conjointement par le Canopé-CRDP et le rectorat de l’académie d’Aix-Marseille.

Ce sont des cycles de journées professionnelles sur les usages du numérique pour les formateurs, les cadres de l’éducation des premier et second degrés, les responsables éducation des collectivités et des entreprises, elles sont conçues comme un temps de co-formation dans la dynamique des rencontres de l’Orme.



- Le 16ème mardi de l’Orme a eu lieu, en simultané, le 14 octobre de 9h00 à 13h00 :

A Marseille, à l’Atelier Canopé des Bouches-du-Rhône, avec 30 participants et les intervenants suivants : Thierry Arpin-Pont, chargé de mission Économie numérique et financements innovants au SGAR PACA (secrétaire général pour les affaires régionales) ; Jean-Baptiste Civet, professeur de mathématiques, au collège du Roy d’Espagne, à Marseille, et membre de la Délégation académique au numérique éducatif (DANE).

En Avignon, à l’Atelier Canopé de Vaucluse, avec 40 participants et les intervenants suivants : Christophe Marquier, IEN TICE de Vaucluse, Serge Grislin de la Direction éducation du Conseil général 84, Laurence Abel Rodet, élue Éducation à la ville d’Avignon, Emmanuel Mayoud et Virginie Taihirovic de la Ligue de l’enseignement.

A Sisteron, au lycée Paul Arène, pour les Ateliers Canopé des Alpes de Haute-Provence et des Hautes-Alpes, avec 32 participants et Alain Garcia, directeur de l’atelier des Alpes de Haute-Provence.



Ce mardi de l’Orme s’inscrit dans le cadre du colloque international e-éducation « Le numérique en questions » des 14, 15 et 16 octobre 2014 organisé par l’École supérieure de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESEN), le CNED, Canopé, en partenariat avec la Direction du numérique pour l’éducation (DNE).








Canopé-Académie d’Aix-Marseille a retransmis la conférence « Société numérique et enjeux de l’éducation », d’Emmanuel Davidenkoff et d’Evgeny Morozov, tous deux journalistes et spécialistes des questions éducatives et du numérique.

Un atelier sur le thème « Comment intégrer l’éducation à la société numérique ? » a ensuite été mené sur chaque site.

 La conférence

« Société numérique et enjeux de l’éducation »

Emmanuel Davidenkoff, rédacteur en chef du magazine l’Étudiant, chroniqueur pour Radio France, l’Écho Républicain et l’Express s’est tout d’abord exprimé sur le concept éponyme de son dernier ouvrage Le Tsunami Numérique (2014).

Telle une vague, le numérique risque d’ensevelir l’éducation si des initiatives privées se substituent à l’encadrement de l’Éducation nationale. Inversement, l’École peut s’en emparer pour mener à bien les réformes et changements qui s’imposent.

— > Au sujet de son intervention sur : campus-esenesr

Evgeny Morozov, rédacteur pour The New Republic, et auteur de To Save Everything, Click Here : The Folly of Technological Solutionism (2013) s’est ensuite exprimé sur la digitalisation de l’éducation.

Le numérique apparaît souvent, et à tort, comme un « deus ex machina » aux problèmes individuels (de recherche d’information par exemple) ou collectifs en période de restrictions budgétaires (ex. les Moocs). Il a également évoqué les problèmes de traçabilité et de la réutilisation des données personnelles à des fins commerciales.

— > Au sujet de son intervention sur : campus-esenesr

 Les ateliers :

Comment intégrer l’éducation à la société numérique ?

Si l’on s’interroge sur « comment intégrer », cela signifie-t-il que son intégration est déjà admise, voire qu’elle serait nécessaire si l’on ne veut pas que le secteur privé s’empare de la vague du numérique ? Qu’est-ce que la société numérique ? N’est-ce pas aussi celle de la perte de contrôle des données par les citoyens ? Ne va-t-on pas ainsi reproduire les inégalités existantes du système éducatif ? Le numérique n’est-il pas perçu par certains professeurs ou cadres comme un moyen supplémentaire de surveillance des pratiques mais aussi d’économie budgétaire ? Ces questions ont donné lieu à certains débats et réflexions : notion d’innovation à l’école, enseignement du code, considérations sur les notions de citoyenneté et de politique, etc. Nous relatons ici le verbatim des principaux échanges par thématique.

 Thème 1

Intégrer l’éducation à la société numérique mais pour quelle plus-value ?

L’outil ne fait pas l’usage, le numérique est un outil, il faudrait commencer par donner un sens à l’intégration du numérique à l’école. Les outils numériques sont très nombreux, quels outils choisir et pour quoi faire ?
Le numérique ne doit pas être une contrainte mais une liberté et ce, au service des apprentissages.
Il faut intégrer le numérique pour préparer nos élèves à devenir les citoyens d’une société qui risque de devenir de plus en plus numérique.
Le numérique permet-il d’apprendre mieux en apprenant autrement ? Il propose un travail différent pour susciter la curiosité des élèves (Exemple des jeux sérieux avec 2025 ex machina).

 Thème 2

Éducation et vigilance face au numérique

Il faut apprendre aux élèves à devenir des citoyens éclairés de cette société numérique. Il y a nécessité d’une éducation au numérique.
Il faut prévenir les élèves que l’outil peut favoriser la démarche de recherche de l’information mais qu’il ne la remplace pas, les élèves ayant tendance à croire qu’ils pourront trouver des solutions immédiates sur internet.
Le risque à vouloir intégrer systématiquement du numérique est la régression pédagogique.
Il faut également être vigilant sur les données personnelles, la traçabilité. En termes de contrôle et de protection des données, on semble être dans une « école aquarium ». L’éducation doit s’adapter aux usages que font déjà les élèves. Le contrôle total des données n’est plus possible.
La conservation des données est également source d’un débat contradictoire : que faut-il conserver ? Que peut-on et pourra-t-on conserver ?
Enseigner c’est faire des choix. Les phénomènes englobants de la société peuvent être refusés par l’école mais le numérique est inscrit dans les programmes, d’où une certaine dichotomie : le numérique va vite mais les apprentissages ne se font que dans le temps.

 Thème 3

La question du matériel et de la fracture numérique

La fracture numérique semble toujours exister. Les élèves ne sont pas équipés de la même manière, les établissements non plus. Il y a des inégalités de financement selon les territoires.
Pour intégrer l’éducation à la société numérique il faudrait que le matériel soit opérationnel d’office, il faudrait « de la main d’œuvre » pour la mise en place du matériel, pour sa maintenance. A-t-on les moyens de faire ce que l’on veut ? Si non, il faudrait adapter nos usages pour correspondre aux conditions et contraintes techniques.
Au-delà de questions matérielles, la capacité d’appréhension des élèves face aux résultats de leur recherche et leur degré de literacy numérique sont très variables.
Utiliser le numérique dans un établissement c’est aussi un processus participatif, qui nécessite de se décloisonner, de faire émerger une intelligence collective.

 Thème 4

L’enseignement d’une culture numérique

L’informatique doit-elle être discipline à part entière ou un support pour les autres disciplines ?
Coder permet de proposer une ressource qui s’inscrit dans une démarche, avec un objectif visé, cela peut ainsi développer l’autonomie et la responsabilisation de l’élève.
Le code est actuellement trop rattaché à l’apprentissage technique, or son apprentissage peut être un atout pour l’entrée dans le monde du travail.
Mais il y a un décalage entre les évolutions techniques et le temps d’apprentissage, sans compter l’obsolescence des logiciels : à quoi cela sert-il de former les élèves à un langage de programmation qui sera rapidement périmé ?
Il faudrait proposer un « code de la route du numérique », plus approfondi qu’une simple charte pour ne pas se mettre en marge des évolutions (garder le contrôle des informations n’est plus possible avec la généralisation du smartphone chez les élèves).

Apprentissage du code pour mieux comprendre l’information ? Pour améliorer la mémoire de l’espace et du cheminement ? Pour développer un point de vue critique chez les élèves ?
Le numérique n’est-il pas un langage et pas seulement le produit de machines ? La ressource numérique n’est pas une ressource si elle ne se traduit que sous forme binaire, si on ne la pense pas. Une éducation numérique parait indispensable aujourd’hui.

 Thème 5

La société numérique est-elle celle de l’automatisation de l’enseignement ?

— > Exemple des exerciseurs, de la Kahn Academy ou des Massive open online courses (Moocs).

Il ne faut pas confondre automatisation de l’acquisition de savoirs et automatisation des apprentissages.
Peut-on déléguer une partie de son cours à une machine, pour l’acquisition de micros compétences par exemple ?
Quelle est la place du savoir scolaire à l’heure de l’accessibilité de contenus sur Internet ?
Enseigner ce n’est pas être animateur mais médiateur entre le savoir et l’accès au savoir par la machine.
La machine ne pourra pas permettre de comprendre le cheminement d’un raisonnement.
Internet est un média de médias, phénomène impressionnant et, en ce sens, on parle de révolution et de culture. Mais alors, comment développer une culture commune ? L’éducation a un rôle à jouer.

 Thème 6

Le numérique pour l’innovation ?

A-t-on vraiment besoin du numérique pour innover ?
L’innovation est par définition officieuse car née d’une personne ou d’un groupe de personnes de manière isolée, elle peut également être considérée comme libre et gratuite.
Elle ne peut être centralisée, or la kyrielle d’institutions se préoccupant des innovations pédagogiques ne permet pas de capter ces innovations qui ne sont pas forcément numériques.
D’ailleurs, que veut dire « accompagner les enseignants dans l’innovation », n’est-ce pas une logique « top down » qui ne fonctionne pas dans ce cas ?
En termes de créativité il faudrait redéfinir le socle : exemple de la musique, la démarche créative musicale n’existant pas dans le socle.
Chaque nouvelle technologie impose une nouvelle intelligence et une nouvelle façon de s’en servir
Un ordinateur n’est pas forcément nécessaire dans la classe pour parler de numérique et d’innovation.

 Pour aller plus loin

Emmanuel Davidenkoff

Evgeny Morozov

Les conférences du colloque seront prochainement disponibles en webcast / streaming sur : http://www.esen.education.fr/fr/ressources-par-theme/priorites-nationales/management-du-numerique-educatif/evenements-et-colloques/colloque-e-education-edition-2014/

[(Nous contacter :
Céline Persini, ingénierie éducative, Canopé-CRDP Aix-Marseille
Retrouvez nos ateliers Canopé 04, 05, 13, 84 sur notre site)]


Voir en ligne : Le numérique en questions